Le Fespaco, un médium audiovisuel

Commencé à l’initiative d’un groupe d’amateurs, cinéphiles, franco-africains, le Fespaco est aujourd’hui l’une de plus grandes manifestations culturelles qui se veut à vocation mondial, célébrée en terre africaine.

Sa dimension intercontinentale, acquise au fil du temps, lui confère aujourd’hui une solide position et réputation dans le monde du spectacle. La première édition s’est déroulée du 1er février au 15 février 1969, elle n’a compté que cinq pays africains : le Burkina Faso, appelé alors la Haute-Volta, la Côte d’Ivoire, le Cameroun, le Niger et le Sénégal. Côté européen, deux pays ont répondu présents, la France, évidemment, et les Pays Bas. Ils ont présenté en tout 24 films dont 18 africains. Plus tard, lors de la 21e édition, en 2009, années phare du festival, 90 pays du monde étaient au rendez-vous. 664 films ont été présentés.

Les raisons de son succès

Si le Fespaco a eu un tel succès, dans un continent qui fraye encore son chemin, c’est parce que son outil de travail, le cinéma, est le médium le mieux adapté pour pénétrer et explorer l’espace africain, qui reste essentiellement nourri par la parole et l’image. La tradition orale et le monde traditionnel façonnent encore l’Africain d’aujourd’hui. Le cinéma et sa magie parviennent à apprivoiser cet univers onirique, virtuel, qui se crée et se vit continuellement en Afrique, dans un assemblage spacio-temporel fait du passé, du présent et de l’avenir. Le tout en même temps, dans la synchronie. C’est une dramaturgie du réel dans lequel le cinéma, le médium audiovisuel, plonge ses racines et dévoile le sens profond des choses. Beaucoup de cinéastes, en Afrique, ont été ainsi révélés au grand public par cette vision des choses. C’est le cas notamment du réalisateur burkinabé Idrissa Ouédraogo qui, en 2005, a reçu le Prix spécial du jury avec son compatriote Issa Traoré, auteurs du film Trois hommes, un village.

Du rêve à la réalité

Dans un premier temps, la volonté affichée par les initiateurs du festival de Ouagadougou était de faire rêver les Africains en les faisant regarder les films de leur propre continent. Le festival fut appelé « Semaine du cinéma africain ». Ce rêve passe à la réalité par la mise en place d’un processus qui a drainé plusieurs initiatives et synergies, allant dans le même sens, au lendemain des indépendances africaines. Un des éléments moteur de ce processus fut le projet culturel. Ce projet culturel était porté par la Société Africaine de Culture (SAC), avec statut d’organisation internationale non gouvernementale, dont les objectifs avaient été définis lors du Premier Congrès des Ecrivains et Artistes Noirs organisé par Présence Africaine à la Sorbonne, à Paris, en septembre 1956. Le but étant de créer les conditions nécessaires à l’épanouissement de leurs propres cultures ; coopérer au développement et à l’assainissement de la culture universelle. Le festival fut rebaptisé « Festival Panafricain du Cinéma et de la Télévision de Ouagadougou ». La télévision étant un formidable relais de diffusion, distribution et coproduction cinématographique.

De l’image à la modernité

Le rendez-vous cinématographique de Ouagadougou a contribué à la modernisation de la société africaine. Le Fespaco a surtout aidé à libérer l’image de l’ancien colonisé, l’homme noir, à faire tomber son masque, le cultiver et à le rendre « photogénique », lui-même, apte à se regarder en face, à s’assumer et se hisser en son propre modèle. Le cinéma africain a contribué ainsi à exorciser le passé du continent, pour le remettre en selle. Plusieurs productions cinématographiques ont posé leur regard sur la question, ont apporté leur analyse et leur diagnostique. Sur ce plan, le Fespaco a été un élément déterminant de l’entrée de l’Afrique dans la modernité. L’apparition de la télévision et son implication dans le projet du festival a eu un effet multiplicateur. Le cinéma est entré dans les foyers africains. Dès lors, dans les différents films, les réalisateurs traitent des thèmes contemporains, aussi bien des sujets de société que des revendications politiques. Ainsi en 2005, le Prix Paul Robeson fut décerné à l’américaine Lisa Gay Hamilton pour son film Beah: A black woman speaks. En 2007 le réalisateur haïtien, Arnold Antonin, s’est vu décerner le Prix Paul Robeson par son film Le président a-t-il le Sida ?.

Editorial du blog
Joachin M. Bacheng

 

A lire aussi, un article Le Monde : 

http://www.lemonde.fr/disparitions/article/2018/02/18/le-cineaste-burkinabe-idrissa-ouedraogo-est-mort_5258808_3382.html

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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